dimanche 8 mars 2009

Soyons concrets: Charte tunisienne de l'égalité

Nombreux sont les Tunisiens qui, toutes classes sociales confondues, s’accordent sur l’importance de l’engagement féministe. Femmes et hommes ont le désir de transformer le réel mais ne savent comment concrétiser leurs revendications. Notre enjeu est important ; une stratégie et des réclamations claires et lucides s’imposent donc. Je vous propose une charte de l’égalité, qui s’adresse non seulement aux pouvoirs publics, mais aussi et surtout à la société civile. Une charte inspirée des modèles européens et structurée autour de trois axes de progrès : La parité, l’égalité professionnelle, et le respect et la dignité de la personne.
Charte tunisienne de l’égalité
Axe 1 : La Parité:
La Constitution pose le principe de l’égalité des citoyens, hommes et femmes, qui sont, en droit, appelés à égalité à assurer toutes les responsabilités inhérentes à la gestion des affaires publiques. Sur 29 ministres tunisiens, il n’y a qu’une seule et unique femme. Au sein de la Chambre des députés, le pourcentage de femmes est de 22.75%, à la Chambre des conseillers, ce taux atteint à peine les 15%. Il est évident que ces proportions ne reflètent en rien la réalité de la société tunisienne. Nous demandons donc aux pouvoirs publics de :
-Favoriser la parité en instaurant un pourcentage minimum de femmes au gouvernement.
-Favoriser l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux.
-Œuvrer pour une stricte parité des candidatures.
-Publier régulièrement les données statistiques sur la féminisation du parlement et du gouvernement.
-Attribuer un bonus aux entreprises réalisant la parité aux postes de décision.
-Soutenir les associations qui sont attentives à la place des femmes dans les instances de décision.
-Mettre en place des observatoires de la féminisation au sein du travail public : suivre concrètement les conditions de travail des femmes aux ministères de l’Intérieur, de la Défense, de la Santé, de l’Education, etc...
-Améliorer la production de données statistiques.
-Concevoir, éditer, et diffuser un guide et créer une boite à outils qui permettent aux associations de s’approprier la question de l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités.

Axe 2 : L’égalité professionnelle :
L’égalité professionnelle est un facteur de dynamisme social et de croissance économique. Cependant, les femmes en situation professionnelle ne bénéficient pas des mêmes prérogatives queles hommes, notamment en termes de carrière et de statut social. Ainsi, des inégalités flagrantes persistent dans les pratiques professionnelles. Pour lutter contre ces inégalités, il s’agit de mobiliser l’ensemble des acteurs socio-économiques afin de valoriser les compétences des femmes et d’encourager leurs initiatives. L’Etat pourra :
-Prendre en compte l’égalité des chances entre les femmes et les hommes dans les plans d’actions locaux.
-Agir sur le chômage de longue durée des femmes.
-Renforcer l’information et l’orientation des femmes demandeuses d’emploi.
-Mettre en place une autorité indépendante de lutte contre les discriminations à raison du sexe
-Rédiger une circulaire, en lien avec le ministère de la Justice, sur la question du harcèlement sexuel.
-Sensibliser les patrons à la question de l’égalité des rémunérations entre les femmes et les hommes.
-Enrichir l’approche de l’entrepreneuriat féminin.
-Créer des prix destinés à récompenser les filles s’orientant vers des disciplines dites masculines.
-Développer un label égalité professionnelle pour les entreprises.
-Consacrer au sein du ministère de la Justice la notion de discrimination directe et indirecte et aménager la charge de la preuve.
-Recenser les violences sexistes et sensibliser les élèves de l’école primaire et de l’enseignement secondaire.

Axe 3 : Le respect et la dignité de la personne:

L’histoire des femmes dans le monde arabe se présente comme une progression lente et modeste vers l’émancipation. Ce serait manquer de réalisme que de nier les freins qui ont ralenti cette évolution, comme de méconnaître les discriminations qui s’exercent aujourd’hui encore à l’encontre de la femme tunisienne. Cette dernière doit lutter pour acquérir ses libertés fondamentales et ses droits individuels, elle se doit de dénoncer les violences -physiques, sexuelles, psychologiques, économiques - exercées contre elle, considérées pendant des siècles comme naturelles, institutionnalisés et légitimées par les codes, les usages, les mythes, l’art, l’histoire et les pouvoirs politiques et religieux. Cet axe est présenté par plusieurs femmes comme le plus sérieux et le plus urgent, d’où l’obligatoire prise de conscience des pouvoirs publics de la nécessité d’une réforme de fond instaurant une fois pour toute l’égalité totale entre les deux sexes. Ainsi, l’Etat devrait :
-Abolir la loi discriminatoire relative à l’héritage bâtie sur un modèle de famille en déphasage avec la structure actuelle de la famille tunisienne.
-Abolir l’interdiction du mariage d’une femme musulmane avec un non musulman, en vertu de la loi relative à la liberté de croyance, la république ne peut prendre en considération la religion du citoyen.
-Favoriser l’éviction du conjoint violent du domicile conjugual.
-Améliorer l’accueil dans les commissariats des femmes victimes de violences.
-Renforcer la répression de l’exploitation de la prostitution et de la traite des êtres humains, notamment le problème des fillettes femmes de ménage.
-Prévenir le risque prostitutionnel en assurant l’accompagnement social des femmes issues de quartiers défavorisés.
-Aider celles qui veulent sortir de la prostitution à retrouver leur autonomie.
-Améliorer la participation des femmes handicapées à la vie professionnelle.
-Veiller à la prévention et l’éducation à la santé sexuelle et faciliter l’accès aux soins.
-Garantir le droit à un avortement gratuit et anonyme.
-Donner les moyens à la société civile de s’exprimer et de débattre sur l’image des femmes dans les médias.
-Garantir un accès facile, libre et pratique aux moyens de contraception pour les femmes sur tout le territoire tunisien.
-Développer un service de soins infirmiers à domicile pour les femmes âgées.
-Sensibiliser les femmes enceintes aux méfaits de l’alcool et du tabac.
-Améliorer la connaissance des femmes séropositives.
-Réformer le divorce pour plus d’égalité entre les femmes et les hommes.
-Lutter contre le tourisme sexuel.-Inviter les médias à s’abstenir de présenter des stéréotypes fondés sur le sexe, et les encourager à promouvoir des programmes qui favorisent l’égalité et la non-discrimination des hommes et des femmes.
-Intégrer un cours d’éducation sexuelle à l’éducation nationale, préparer les adolescents à leur sexualité adulte.
-Coordonner enfin toute les politiques féministes au plan international.

Voilà donc les grandes lignes d’une politique de la femme aussi claire qu’efficace, ensemble, nous pourrons diffuser cette charte par les moyens de chacun, vous êtes libres de la reproduire, moi-même étant fortement inspiré de chartes européennes. Que vive la femme, que vive la révolution !

mardi 24 février 2009

Les mots

Toujours dans notre perspective du souci de la biographie, une imprégnation de la vie de Sartre est une condition sine qua non de la compréhension de l’œuvre : j’ai une petite surprise pour vous, un magnifique film sur la vie de Sartre, disponible en téléchargement gratuit, très bonne qualité, mais de la patience et un bon débit seront de rigueur.
Partie 1, Partie 2, Partie 3, Partie 4, Partie 5, Partie 6, Partie 7, Partie 8, Partie 9, Partie 10, Partie 11. Extraire avec un WinRar ou WinZip.


J’ai dit que ma source principale pour saisir Sartre était « Les Mots », ce petit bijou littéraire qui lui a valu le Nobel. Penchons-nous de plus près sur ce récit troublant, le récit d’un enfant surnommé Poulou par une mère qui est plus une grande sœur, un enfant qui se sentait ‘de trop’ et qui ne trouvait son salut que dans les livres. « Les Mots » est divisé en deux parties : Lire, et Ecrire. Comme l’indique son titre, la première partie raconte la découverte par un enfant tourmenté des livres de son grand-père. C’était l’époque où Sartre jouait la comédie et devenait son propre ami imaginaire. ‘Je menais deux vies, toutes deux mensongères : publiquement, j’étais un imposteur : le fameux petit-fils du célèbre Charles Schweitzer ; seul, je m’enlisais dans une bouderie imaginaire’. C’est l’écriture qui le sauvera de l’ennui et de la lourdeur de son enfance. ‘Je commençais à me découvrir. Je n’étais presque rien, tout au plus une activité sans contenu, mais il n’en fallut pas davantage. J’échappais à la comédie… Je suis né de l’écriture : avant elle, il n’y avait qu’un jeu de miroirs. Ecrivant, j’existais, j’échappais aux grandes personnes ; mais je n’existais que pour écrire et si je disais : moi, cela signifiait : moi qui écris.’ La partie Lire est une bible pour ceux qui cherchent à comprendre l’imposture, la contingence, la conscience de soi chez un enfant. La partie Ecrire plaira aux amoureux de la littérature, tellement fusent les citations, les noms d’œuvres et d’écrivains, les détails d’un roman, d’un autre, une phrase d’une classique par-ci, la fin d’un roman d’aventure par-là, un tourbillon de lettres, et de mots. J’avais précédemment raconté l’anecdote de Sartre perdant la foi, voici l’extrait : ‘Un matin, en 1917, à La Rochelle, j’attendais des camarades qui devaient m’accompagner au lycée ; ils tardaient, bientôt je ne sus plus qu’inventer pour me distraire et je décidai de penser au Tout-Puissant. A l’instant il dégringola dans l’azur et disparut sans donner d’explication : il n’existe pas, me dis-je avec étonnement de politesse et je crus l’affaire réglée. D’une certaine manière elle l’était puisque jamais, depuis, je n’ai eu la moindre tentation de le ressuciter.
J’ai rencontré ‘Les Mots’ à plusieurs reprises dans les librairies à Tunis ou en Banlieue, et pour ceux qui aimeraient approfondir leur ‘imprégnation’ de la vie de Sartre, vous lirez avec Les Mots les autobiographies de Simone De Beauvoir (La Force des choses, La Force de l’âge, Tout compte fait), et enfin ses correspondances avec Sartre.

jeudi 5 février 2009

Cinecitta

Après-midi tiède, bonne compagnie, je vais voir un film après une bière et quelques rires. Cinecitta. J’en sors étourdi, franchement pas souriant. J’aurais voulu dire du bien de ce film, je peine à trouver des idées. D’abord le titre, comme je suis un inculte, je vais sur wikipédia et je ne vois toujours pas le rapport. Pas vraiment mauvais comme film, mais trop incohérent à mon goût. Incohérent dans le sens où le scénariste hésite entre un sérieux raisonnable et un humour cheap. Alors l’écriture est inégale, agrémentée d'un certain nombre de clichés de mauvais goût, elle tape juste quelques fois, mais franchement à côté la plupart du temps. Des répliques inutiles à satiété, qui gâchent des dialogues et des scènes au potentiel comique énorme. Le jeu de certains acteurs vraiment bons (Ben Jemaa, Nahdi) est altéré par le style ‘Tunis7 rupture du jeûne’ d’autres, à l’exemple d’une Dorra Zarrouk qui (littéralement) ne sait pas jouer. Visuellement, la même remarque que pour la plupart des films tunisiens : trop sombre, peu de couleurs, trop de noir, surtout par rapport à l’ambiance comique du film. Ibrahim Ltaief aurait dû choisir, il a voulu faire trop plaisir à trop de personnes, le résultat en est impur et composite. Saluons l’audace et le culot de certaines scènes qui raillent le culte du 7 et la religion du mauve, j’ai particulièrement apprécié les piques dirigées aux islamistes et les clins d’œil au cinéma italien. Mais l'art par définition c'est beau, et ce film ne vous donnera pas d'orgasmes visuels. Alors pour résumer, Cinecitta est un film qui aurait pu être bon, mais qui échoue à cause d’une inégalité profonde, un film à voir, ou plutôt, pas du tout.

mercredi 28 janvier 2009

Méditations sur mon chat

J’écoute du jazz et je pense à mon chat qui passe seize heures par jour dans les bras de Morphée. Roulé en boule, installé en sphinx, ou étendu de tout son long sous la lumière de ma lampe de chevet, c’est lui qui m’inspire de penser le plaisir. L’animal 3ayéch par excellence, c’est lui. Une bête philosophique, tenant à ses habitudes, amie de l’ordre et de la propreté, vigilante et adroite, il écoute ses sens et crée ainsi le préalable majeur et indispensable des occasions de plaisir. Ella Fitzgerald et Louis Armstrong en duo, il en profite autant que moi. Sa compagnie n’est pas revendicative, sa présence est affectueuse mais intermittente, ses disparitions énigmatiques sont suivies de réapparitions mystérieuses. C’est ça : Art de la distance et indépendance vis-à-vis du maître. L’érotisme parfait. Haine de la lourdeur et de l’asphysixie, éloge de l’Eros léger. Les Latins, comme les Tunisiens, l’appelaient cattus. Mais autrefois, cet animal héodniste avait pour nom félis, ce qui n’est pas sans nous rappeler la felicidade des brésiliens, le bonheur absolu. J.K. Rowling dans son célèbre Harry Potter donne à une potion magique supposée donner la chance et le bonheur le nom de ‘Félix Félicis’, sûrement pas une coïncidence, car le chat a toujours fasciné. Animal sacré en Egypte pharaonique, maudit par le christianisme du moyen âge qui véhiculait haine du corps et diabolisation du désir, le chat a envoûté les plus grands auteurs et poètes. Chez Charles Perrault, le chat est non seulement botté mais doué de parole et de raison, il est sagesse dans la mesure où c’est grâce à lui qu’un meunier désargenté se retrouvera puissant gentilhomme, épousera la princesse du royaume, et gagnera le titre de marquis. Dans ‘Histoires comme ça’ de Rudyard Kipling, le chien et le cheval se laissent domestiquer contre de la nourriture, le chat « s’en va tout seul ». Encore cette liberté. Hautain, mystérieux et voluptueux, son caractère doux et tranquille m’est vraiment une référence. Contre les hyperactifs, les agités, les excités, les instables, les nerveux et les sautillants, le chat reste de longues heures immobile sur son coussin, ne dormant pas, suivant des yeux avec une extrême intensité d’attention des spectacles invisibles pour nous simples mortels. Colette nous peint à merveille le monde vu par ses yeux : «On dirait que je dors, parce que mes yeux s’effilent jusqu’à sembler le prolongement du trait velouté, coup de crayon hardi, maquillage horizontal et bizarre, qui unit mes paupières à mes oreilles. Je veille pourtant. Mais c’est une veille de fakir, une ankylose heureuse où je devine toute présence ». Discrétion, mesure, finesse et précaution. La douceur pour des plaisirs doux. Contre le sexe et la nourriture, l’érotisme et la gastronomie. Hédonisme philosophique contre hédonisme vulgaire. Les parallèles continuent entre le chat et l’être hédoniste, sur les blasons et les armoiries de la féodalité, le chat a symbolisé la liberté de penser. Être affranchi donc, des dogmes et des traditions, des pensées dominantes et du conformisme. Son âme féline camouflée par fierté et souplesse sur une branche : c’est l’emblème de la culture qui élève la nature et non la condamne. L'inverse des religions. On peut continuer les rapprochements indéfiniment tellement cet animal est volonté de jouissance, mais je vous libère, vous avez d’autres chats à fouetter.

vendredi 23 janvier 2009

Interrogatoire sur la littérature

Où est la littérature tunisienne ? La vraie littérature, celle qui distille une époque, celle qui reflète une société, celle qui traduit l’air du temps ? Que lira-ton dans un siècle pour comrendre ces (nos) tristes années ? Comment construirons-nous un futur sans fixer notre présent par le langage ? Où sont les romans tunisiens ? Où sont les histoires de gens comme vous et moi ? Nos enfants ne comprendraient –ou plutôt ne sauraient-ils rien de notre malaise ? Notre malaise existentiel ! Où êtes-vous romanciers ? Où êtes-vous peintres, je ne parle pas au répliques, soyons clairs. Soyons francs par la même occasion : Où est le génie tunisien ? Cette société de consommation aurait-elle fait oublier au gens que la littérature, c’était la vie ?

jeudi 22 janvier 2009

Nouveau voyage de pensée

Erotica, Antoine Saurin, Toulouse 2008
Ici débute le voyage. Penser une nouvelle esthétique, qui irait avec notre nouvelle métaphysique –cette non-métaphysique- revient à penser la question de l’art : musique, peinture, et cinéma. C’est pourquoi Gilles Deleuze me semble essentiel à cette étape du bouleversement des valeurs prôné par Nietzsche. Deleuze est contemporain de Foucault, Nietzschéen et issu de la vague structuraliste des années 70, il a décortiqué l’artistique comme personne avant lui et on lui doit l’un des meilleurs livres sur Nietzsche. On peut donc mettre ces deux côtés en perspective en parachevant le chantier esthétique nietzschéen. L’affirmation de la vie, rien ne semble plus opportun pour l’accomplissement de cette tâche que l’art, car si le Oui à la vie du philosophe est grand, celui de l’artiste l’est encore plus, parce que l’artiste, contrairement au philosohpe, est au-delà du langage, nullement condamné par ces combinaisons bizarres de lettres, ces réceptacles creux farcis de sens que sont les mots. L’artiste, face à une puissance excédant la limite du langage, puissance brute, aveugle et injuste, l’absorbe et la dégage : sous forme de couleurs, de musique. Quand le philosophe crée des concepts, le peintre crée des percepts. Les idées du philosophe transpercent le temps, le peintre flingue l’histoire par ses couleurs.La tâche du philosophe sera d’épauler le peintre, le musicien, le cinéaste, sur deux niveaux : celui de la vie, et celui de l’œuvre. L’artiste traduira des concepts philosophiques en percepts ou en affects, poussant ainsi la limite de la fixation de la vie pour mieux la comprendre, la mieux vivre donc, en découlera plus de plaisir pour nous. Au niveau de l’œuvre par la critique et l’extériorisation : faire surgir les concepts cachés dans les plis de la couleur, des notes, etc…

dimanche 18 janvier 2009

Petit commentaire sur "l'obscénité d'être un athée"


Obscène : caractère de ce qui choque délibérément la pudeur par des représentations à caractère sexuel. « De l’obscénité d’être athée », a dit notre ami, l’auteur du blog Ecrits Anonymes. Pourquoi ce mot… ? Pourquoi pas autre chose… ? L’inconscient de ce bloggeur a-t-il perçu la sensualité du concept de la mort de Dieu… ? Alors Dieu, ne serait que l’absence d’érotisme… ? Ce n’est pas notre affaire dans cette note. Je voudrais juste poser un long commentaire à un article que j’ai aimé, car il a touché là ou ça fait mal.
Cher ami, tu as toi-même tellement bien expliqué ce que j'appelle "l'obstination croyante" que je ne trouve rien à ajouter. Que dire après cette phrase : « Dieu se doit donc d’exister malgré nous et même malgré lui » ? Louche est cette fatalité que tu prêtes au concept de Dieu… Mais la question de l’existence de Dieu c’est vide comme problème, non pas qu’on ne puisse pas y répondre, mais pourquoi se demander si Dieu existe ou pas, qu’est que cela change pour nous ? La vraie problématique, et tu l’as très bien mise en relief, c’est : Est-ce qu'on peut soutenir l'absurdité du monde sans Dieu unique. Historiquement, Il est évident que la réponse est oui, les êtres humains avant les monothéismes ne vivaient pas leur existence comme un supplice, pour dire que ce n'est pas une question de Dieu unique, mais tout simplement de quoi justifier l'aléatoire du réel, pour dire que l'histoire montre qu'on peut supporter la vie même avec des rites chamaniques ou autres.
La vraie question pour moi c'est: peut-on dépasser l'étape "Supporter l'absurdité" vers une étape "Accepter l'absurdité", non seulement oui, mais on peut aller pour certains à l'étape ultime, qui est de "jouer avec l'absurdité", ou l'homme maitrise dans son être et son rapport au monde les notions de hasard et de nécessité. Il s’agit d’avoir la force de vivre et de penser avec ses déchirements, non de voiler l’évidence, en niant l’absurde, c’est à dire en masquant l’un des termes de son équation. Cette force c’est dépasser notre « appétit naturel de l’absolu ». "Amor Fati" disait Nietzsche, Aimes ton destin! , et il faut voir la définition du destin chez Nietzsche pour comprendre ce très bel impératif. Pour Nietzsche, le hasard ne s’oppose pas à la fatalité, le destin est lui-même la combinaison des hasards. Alors quand il dit « Aimes ton destin » ce qu’il veut dire c’est « Aimes le hasard », aimes l’absurdité du monde, « joues avec » comme des dés. Il faut de l’humour pour comprendre une pensée pareille. Bien sûr, si on préfère dans l’entêtement la sécurité à la réalité, libre à nous de nous réfugier dans tel ou tel Dieu, telle ou telle divinité, ça n’est PAS résoudre le problème de l’absurde. Au contraire, ça ne fait que poser l’absurde plus solidement dans le champ des idées. En fait, être croyant ce n’est donc pas supprimer l’absurde, c’est le pousser jusque dans ses limites. L’athée est confronté à la seule absurdité du monde, le croyant à celui du monde, et à celui de l’arrière-monde qu’il s’est créé…

samedi 17 janvier 2009

Cessons la diabolisation du vin!


Il est déplorable que notre relation avec la dive bouteille soit aujourd’hui aussi paradoxale, car malgré notre passé de province romaine, nous n’avons su résisté à l’invasion de la culpabilité chrétienne, musulmane par extension. Nous avons trahi notre culture du vin au profit d’une philosophie de la souillure. Le vin est malpropre, mais bien utile. L’islam n’a pas tué Bacchus, il l’a rendu vicieux. Alors maintenant plaidoyons pro vino, et abolissons le in vino satanas musulman.
Car ce Vino latin, breuvage sept fois millénaire, est avant tout un produit de civilisation, une découverte, une aventure, une quête, une rencontre que nous nous plaisons à renouveler, aujourd’hui stigmatisée. Impossible dans notre pays, de faire de la publicité pour un vin, impensable pour un homme politique de se faire photographier un bon verre à la main, dans le discours public, pas un mot sur la contribution décisive de la filière viticole à l’économie nationale. La science a depuis belle lurette reconnu les mérites d’une consommation raisonnable de vin pour la santé, mais en Tunisie, terre viticole millénaire, le principe est à peine connu. Le vin, que nous ont légué les Romains, qui se déguste et se partage, est confondu avec le binge drinking de l’Europe du Nord, qui consiste à se soûler jusqu’au coma. Mais même en quantité raisonnable, c’est l’impératif du Dieu bédouin qui remplace le triptyque « prévention, précaution, santé publique », car oui, l’Islam associe le vin au diable, vous connaissez le verset.
Innocentons le vin, car cette boisson rapproche et socialise. J’en vois déjà sourire béatement, des souvenirs éthyliques plein la tête. Des tournées interminables, des bars chaleureux, des lampées inavouables de délectation et de saveurs, c’est cela l’essence du vino dionysiaque. Les Tunisiens eux, ont des images d’ivrognes contemplant maladivement la cuvette des toilettes, des vraies gueules de Guernica, un Picasso de mauvaise humeur. Alors un innocentement du vin doit passer par la promotion d’une consommation modérée et responsable de l’alcool. Etouffons l’ivresse pour l’ivreté, principe hédoniste et prudent. Abolissons l’ivresse qui fait de l’homme un morceau de chair imbibé par l’alcool, nous voulons un esprit troublé et non effondré. L’ivreté est justement cet état conciliateur de l’ivresse et de la sobriété, un état qui jouit des vapeurs de l’alcool avec un goût pour la marge et la limite. Un état vraiment hédoniste, car il suppose une maîtrise du corps, chère à tout bon-vivant philosophique. Montrons à nos concitoyens une ivresse heureuse, et non une ivresse alcoolique. Déguster, sentir, observer le comportement de votre breuvage au contact de son verre, s’étonner du beau col de mousse de votre bière, se féliciter de comprendre l'arôme de votre Whisky qui vous a attendu 16 ans dans un fût de chêne au milieu de l’Ecosse, succomber à l’appel d’un Jour Et Nuit, choisir avec attention le bon met pour accompagner en douceur votre délicat rosé fièrement glané sur l’étagère de votre caviste préféré, tout cela ne devrait jamais être dénoncé comme maléfique. Cessons donc la diabolisation du vin, restaurons une culture méditerranéenne du plaisir, sauvons cet art de vivre, il en est du futur de notre bien-être, du bien-être de notre futur.

vendredi 16 janvier 2009

Ma lettre

On m'a beaucoup demandé une traduction de mon dernier article en tunisien, ce n'était pas évident, mais cette version comporte un passage de plus en réponse à un commentaire d'un lecteur....

Quel problème philosophique peut-il être considéré comme le plus important ? Quel énigme est la plus complexe, la plus urgente à résoudre pour l’Homme ? C’est sans aucun doute la question du sens de l’existence, car on a beau parler de Dieu et de religion, de société ou de politique, ça convergera toujours vers la question fatidique : D’où venons-nous, et surtout pourquoi vivons-nous et que faisons-nous ici ...
Je crois qu’il est grand temps de vous proposer une réponse, car je ne pourrai plus continuer à critiquer l’islam, je ne saurai dévelpper plus une pensée hédoniste dans mon blog sans éclaircir ce point particulier.
L’homme a souffert, dès son apparition, d’une grande douleur physique, morale, une douleur existentielle provoquée par sa position dans le monde : un corps faible et fragile, une vulnérabilité extrême à la faim, à la soif, aux attaques extérieures, et surtout, à la mort. La réalité de la mort qui frappe sans prévenir, sans raison, la fin palpable de l’existence. C’est là que l’homme s’est servi de la souffrance comme d’un moyen pour trouver l’injustice de l’existence, et cet arbitraire du réel a généré un sentiment de responsabilité, une sensation de délit, une culpabilité. Cette culpabilité a créé besoin de s’expier elle-même, l’Homme a eu besoin d’un acquittement, d’un pardon.

Souffrance ---> Culpabilité ---> Expiation

En même temps, l’homme s’est servi de la culpabilité comme moyen de trouver à l’existence une justification supérieure. Le poids du délit nous a fait chercher des responsables hors de nous-mêmes. Nous n’avons pas trouvé la volonté capable d’évaluer la vie, ni la force capable d’interpréter l’existence. Alors nous avons inventé une interprétation extérieure (le piège que cela cache : faire de l’existence un fait moral). Cependant, l’existence ne saurait être sujette à une interprétation extérieure à elle-même, car il n’y a pas d’être à l’extérieur du tout, il n’y a pas d’être au-delà de son propre devenir, il n’y a pas d’essence au-delà de l’apparence. Vous me direz alors, 3ayéch, vous n’avez pas répondu à l’essentiel, à savoir d’où vient l’Homme ? C’est là que je remercie la science et les scientifiques et rappelle qu’en 2009, nous avons une idée précise sur la genèse du genre humain : Les théories de Darwin ont formé une base qui depuis a été améliorée et corrigée pour, enfin, être sérieusement convaincante. C’est là que vous me direz, OK, l’homme a un ancêtre commun avec les singes, et les mammifères viennent tous de l’océan, et l’origine de la vie est une cellule. Mais cette même cellule, qui l’a créée ? Et ainsi de suite, jusqu’à atteindre le d’où vient l’Univers ?
Laissons l’Univers de côté et méditons ensemble. Considérez une série de membres, ou chaque membre engendre un autre. Posons X le premier membre. Ou bien à un moment donné X a surgi du néant, ou X a toujours existé. Pour les croyants, l’Univers ne peut pas avoir surgi du néant, c’est donc Dieu qui l’a créé. Quand on interroge ces mêmes croyants sur l’origine de leur dieu, ils diront qu’il avait toujours existé. « Lam yaled wa lam youlade » diront les musulmans. Donc le croyant dit : « L’Univers ne peut pas avoir surgi du néant, et Dieu existe depuis toujours ». C’est que les croyants postulent la possibilité qu’un X ait toujours existé. Et c’est là que je dis : alors l’Univers a toujours existé. Il n’y a jamais eu de création, l’Univers est éternel, tendant vers l’infini (vers le plus et le moins). C’est aussi simple que ça, l’option Nietzschéenne. C’est totalement irréfutable par un croyant, car le théisme implique une croyance en l’infini, et j’ai attribué cet infini à l’Univers, non à quelque chose d’extérieur à lui. Certains diront que ceci n’est pas de l’athéisme, mais du pur panthéisme parce que je transfère les qualités de Dieu à l’Univers (la thèse du Dieu-Nature de Spinoza) mais ce n’est pas du tout le cas, car le panthéisme suppose un équilibre, une beauté, un ordre de la nature. Ces trois notions sont intérieures à l’Homme, elles ne flottent pas dans l’air, mais elles sont des interprétations du réel dans la conscience de notre être, ou dans l’être de notre conscience, car l’équilibre du monde n’est qu’un préjugé moral qui vient du fait que les hommes dignes de confiance sont des hommes d’ordre et d’équilibre. L’Univers est chaotique et non pas équilibré et beau comme le perçoient les croyants (la beauté n’existe pas dans l’absolu, c’est un fait culturel relatif à une époque et une géographie déterminées). C’est pour cela que je ne suis pas dans une logique divinatrice de la nature, mais dans une perspective franchement athée.
Le problème qui persiste est celui de sens de l’existence, quand on fabrique un Dieu dans un but d’expiation (pour se soulager de la souffrance existentielle) on a déjà un sens, justement celui de l’expiation, mais quand on déclare que l’Univers n’a ni origine ni fin, on est de facto face à cette souffrance.
Solution : innocenter la vie, faire perdre à la vie son caractère criminel vers un caractère radicalement innocent. On n’est pas ici car Adam a commis une faute à l’extérieur, absurde. Comment innocenter l’existence ? En disant oui à la vie. Oui mais qu’est-ce que ça veut dire, dire oui à la vie ? Ça veut précisemment dire ceci : refuser catégoriquement de lui chercher une explication en dehors d’elle-même, en deça ou au-delà de son être, en acceptant son apparence en tant que son essence même, voilà le grand oui à la vie.
On a compris que l’Univers existait depuis toujours et que notre existence était innocente, mais on ne sait pas encore ce qu’on est en train de faire ici. Quel est le sens de la vie ? Cette question cache un présupposé infondé, un préjugé majeur de l’humanité : Il y a un seul sens à la vie, existant à l’extérieur d’elle.
Mais qui dit que c’est vrai ? Je ne pense pas qu’il existe un sens unique et antérieur à l’existence, mais des sens multiples et postérieurs à celle-ci. Le sens de mon existence n’est pas le sens de l’existence d’un autre, et mon essence n’est pas venue avant moi, en d’autres termes : l’existence précède l’essence, Jean-Paul Sartre. Cela veut dire qu’on existe d’abord, et qu’ensuite on définit un sens, une essence, en puisant dans notre liberté et en choisissant un projet (dans le sens Sartrien). On n’existe que par nos actes, c’est un peu nos actes qui sont le sens de notre existence.
Récapitulons : Darwinisme scientifique, option Nietzschéenne de l’Univers éternel, infini, et non-divin, abandon du caractère criminel de l’existence, Grand Oui à la vie (lui donner un sens à l’intérieur d’elle, l’aimer pour ce qu’elle est) et finalement une existence qui précède l’essence, le caractère multiple du sens de notre vie sous forme de choix et de Projet. C’est cela, être 3ayéch.

mercredi 14 janvier 2009

France 1857, Tunisie 2009, même combat ?

En 1852, alors qu’à Paris on succombe aux charmes dictatoriaux de Napoléon troisième du nom, Gustave Flaubert, en Normandie, entreprend une certaine Madame Bovary, il la torture, la tourmente, elle lui résistera pendant cinq ans, et le conduira sur le banc des accusés, alors qu’il n’est qu’un inconnu qui n’a encore publié aucun livre. En 1857, il se décrit ainsi dans une lettre à une amie : « J’ai passé plusieurs années complètement seul à la campagne, n’ayant d’autre bruit l’hiver que le murmure des arbres et le craquement de la glace, quand la Seine chariait sous mes fenêtres. Si je suis arrivé à quelque connaissance de la vie, c’est à force d’avoir peu vécu, dans le sens ordinaire du mot, car j’ai peu mangé, mais considérablement ruminé. »
La première livraison de Bovary en feuilleton paraît en octobre, dans La Revue de Paris, il y en aura six. Déjà frappée par deux avertissements, la revue recule devant quelques scènes, Flaubert exige l’insertion dans le numéro du quinze décembre d’une note relative à ces mutilations. Il écrit à Laurent Pichat, qui dirige la revue : « Mon cher ami, ce n’est pas au poète Laurent Pichat que je parle, mais à la revue, personnage abstrait dont vous êtes l’interprète. Elle a gardé pendant trois mois Madame Bovary en manuscrit, et elle devait savoir à quoi s’en tenir sur ladite œuvre. C’était à prendre ou à laisser, elle a pris, tant pis pour elle. Une fois l’affaire conclue et acceptée, j’ai consenti à la suppression d’un passage fort important selon moi parce que la revue m’affirmait qu’il y avait danger pour elle. Je ne vous cache pas que ce jour-là j’ai regretté amèrement d’avoir eu l’idée d’imprimer, je trouve que j’ai déjà fait beaucoup, la revue trouve qu’il faut que j’en fasse plus, or je ne ferai rien, pas une correction, pas un retranchement, pas une virgule de moins, rien, rien. Mais si La Revue de Paris trouve que je la compromets, si elle a peur, il y a quelque chose de bien simple, c’est d’arrêter là Madame Bovary tout court, je m’en moque parfaitement. Maintenant que j’ai fini de parler à la revue, je me permetterai cette observation : en supprimant le passage du fiacre, vous n’avez rien ôté de ce qui scandalise, et en supprimant dans le sixième numéro ce qu’on me demande vous n’ôterez rien encore. Vous vous attaquez à des détails, c’est à l’ensemble qu’il faut s’en prendre, l’élément brutal est au fond, et non à la surface, on ne blanchit pas les nègres et on ne change pas le sang d’un livre, on peut l’appauvrir, voilà tout. »

Flaubert a raison, ce ne sont pas les détails qui choquent, c’est l’ensemble, l’ensemble du tableau, irréfutable, hurlant de vérité, donc dénoncé comme réaliste, ce qui veut dire au début du Second Empire : contre-productif, démoralisateur. Nous sommes fin 56 début 57, les menaces d’un procès se précisent. Le roman est signalé au procureur impérial, Félix Cordoën, ce magistrat qui en 1853 s’est réjoui de voir la religion reprendre « la souveraine direction des âmes », estime que Madame Bovary doit être poursuivi, Flaubert mobilise son frère Achille, médecin réputé a Rouen, fils aîné du très respecté docteur Flaubert.
« Paris, 20 janvier 1857. Cher frère, tout cela finira bien j’en suis sûr, soit qu’on arrête l’affaire ou que je passe en justice. La police croyait s’en prendre au premier roman venu or il se trouve que mon roman passe maintenant et en partie grâce à la persecution pour un chef-d’œuvre. Je prépare ma défense, qui n’est autre que mon roman, mais je fourrai sur les marges en regard des pages incriminées des citations embêtantes, tirées des classiques, afin de montrer que depuis trois siècles, il n’est pas une ligne de la littérature française qui ne soit attentatoire aux bonnes mœurs et à la religion. Ne crains rien, je serai calme. Et puis, je ne puis me dispenser de montrer ma boule de criminel aux populations, tout cela est tellement bête, que je finis par m’en amuser beaucoup. »
« Paris, 28 janvier 1857. Je passe demain en police correctionnelle, sixième chambre à dix heures du matin, je m’attends à une condamnation, car je ne la mérite pas. Rien à faire, ne bouge pas, reste tranquille, ah qu’on est fier d’être Français. »
Flaubert annonce que le 29 janvier, il honorera de sa présence le banc des escrocs, dans la sixième chambre de police correctionnelle, à dix heures du matin, les dames seront admises, une tenue décente et de bon goût sera de rigueur, devant la salle d’audience, Alfred Nettement porte avec fierté les oreillères et le bonnet d’un critique officiel de l’époque, il ne voit pas en Flaubert un petit escroc, mais un ennemi public, et il ne se gêne pas pour le dire devant la salle d’audience. « A lire ce que dit monsieur, le corps serait tout, et l’âme rien. Mais quand ce rien manque à ce tout, les nations se dissolvent et les civilisations s’en vont en poussière, si l’on interrogeait l’histoire de la décadence des peuple, le bruit de la chute des empires retentissant dans le lointain des âges résoudrait mieux la question que tous les raisonnements, car l’on verrait que le sensualisme, et ce réalisme abject qu’on appelle matérialisme philosophique, debouts, le pic à la main, au milieu des ruines, comme des ouvriers de destruction. L’école matérialiste et réaliste, en abaissant les idées, et en corrampant les sentiments, exerce sur la littérature une influence funeste, qui réagit sur la société. »
Matérialiste, comme Marx, Freud ou Nietzsche… ? Réaliste, comme les frères Goncourt… ? Funestes, donc, nuisibles ?
Ernest Pinard, qui la même année ententera un procès à Charles Beaudelaire, n’est pas comme Alfred Nettement un crétin officiel, mais un jeune magistrat, dont la fonction est de défendre la société selon les lois vertueuses de la France impériale. Dans ses mémoires, il dira : « On en était à la période des grandes sévérités, on m’avait signalé le roman de Madame Bovary comme devant être poursuivi, l’affaire semblait délicate car le livre révélait un vrai talent, mais la description de certaines scènes… l’offense à la morale publique, aux bonnes mœurs et à la religion était évidente, ses propos [Flaubert] dépassaient toute mesure, si nous fermons les yeux, Flaubert aura beaucoup d’imitateurs qui iront loin dans cette pente. »
Gustave Flaubert, Laurent Pichat, et l’imprimeur Auguste Alexis, sont donc traduits en police correctionnelle pour outrages à la morale publique et religieuse, délits prévus aux articles 1 et 2 de la loi du 17 mai 1819.
L’issue m’importe peu. Tout ce que je sais, c’est que l’humanité se souvient de Flaubert, personne d’un Pinard ou d’un Nettement. Mais ça, nous les Tunisiens –en bons amnésiques que nous sommes- l’avons oublié, ou nous ne l’avons jamais su. Car comment ne pas reconnaitre la ressemblance frappante des préjugés, des accusations, des arguments, des charges et des reproches, avec la réalité Tunisienne aujourd’hui ? Je ne parle pas de la censure du régime, je veux ne pas m’aventurer dans des logiques de politique politicienne –trop nauséabonde à mon goût- mais plutôt attaquer tous ces hypocrites qui jouent les libres, les libérés et les libertaires, tout en étant au fond un moteur de micro-fascisme moderne alimenté par le mépris et l’ignorance. Je parle de ces protecteurs de la morale et de la vertue, de ces gardiens de la religion et de la spiritualité, ces défenseurs du sacré, qui au nom de leur foi veulent vous réduire au silence. Sous prétexte que tel concept est sacré, vous êtes prié de bien vouloir vous taire, car vous risquez –roulement de tambour- de heurter la sensiblité des fidèles ! Aucune critique, aucune remise en question, aucune examination objective n’est permise, que dire de l’humour ! Car oui, on peut se moquer de la religion, qui n’est qu’une idée comme une autre : elle peut avoir ses partisans comme ses opposants. On peut moquer les prophètes et les messagers, les archanges et les saints, les Corans et les Bibles, et surtout Dieu lui-même, qui reste un concept abstrait, relatif à une certaine culture dans une époque et une géographie déterminés.
L’humour n’a jamais signifié l’irrespect, les insultes sont une chose, le rire c’en est un autre. Les régles morales que vous pensez transcendantes et immuables, verticales et éternelles, elles ne le sont que pour ceux qui le veulent ! Tout individu a le droit de critiquer cette éthique que vous dites divine ! Je suis athée, je ne crois ni au châtiment céleste ni au pénitentier éternel, ma morale je la construis, en contrat avec les autres humains, alors pourquoi je ne devrais pas exposer de la peinture nue ou décortiquer le Saint Coran à ma guise ? Pourquoi ne pourrais-je pas habiter avec mon amoureuse ? Pourquoi déposer à chaque fois des flaques d’urine en guise de commentaires lorsque j’exerce ma liberté ??
France, 1857, les citoyens ont bougé, les intellectuels combattu, aujourd’hui les Français ont le droit au blasphème et à l’humour noir, à la critique et à l’analyse publiée et applaudie, les incroyants ont le droit de vivre leur incroyance tout autant que les croyants leur croyance. Tunisie 2009, nous en sommes encore à interdire, à censurer, à punir, à blâmer, à prohiber et à proscrire, nous en sommes encore à exclure toute personne qui ose ne pas croire en des balivernes venues d’un autre âge, à écarter toute attaque objective de la morale et de la religion. Le pire, c’est quand ces mêmes personnes qui revendiquent une liberté de la presse et de l’édition, des partis politiques et des médias vous censurent et vous clouent le bec. Messieurs les moralistes, avant de transformer le haut, guérissez le bas, donnez-nous nos droits à l’expression libre, et revendiquez ensuite la vôtre comme bon vous semble !

mardi 30 décembre 2008

...à un triple rôle

"Moins prosaïquement, plus trivialement, la réalisation de l’Harmonie et de l’Ordre pythagoriciens suppose que la femme consente à un triple rôle : maîtresse de maison, mère de famille, modèle d’épouse. Qui refuse actuellement cette triple fonction réductrice pour les damnées du sexe féminin ? Qui refuse l’asservissement du féminin dans ces registres sclérosants ? Qui interdit la soumission du destin des femmes à cette série de trivialités ancestrales ? Sinon le libertin. Qui remet en cause ces modèles caducs ? Qui fustige ces rôles, méprise ces fonctions, honnit ces distributions ? Qui met à mal ces trois prétendues vocations naturelles ? Le libertin. Qui se réjouit de réduire les femmes à la domesticité, à la maternité, à la conjugalité ? Qui célèbre le lien conjugal, le devoir conjugal, la foi conjugale ? Qui aime la dame, la bourgeoise, la ménagère, la cuisinière ? Le misogyne porteur de son phallus à la manière d’un gnomon. Et, toutes générations confondues, nombre d’hommes préfabriqués mentalement sur ces principes".. Michel Onfray, Théorie du corps amoureux. Un livre... à lire!

jeudi 25 décembre 2008

Note blanche, pour la liberté


samedi 20 décembre 2008

Juste pour rire..


vendredi 19 décembre 2008

Vieillesse musulmane en contrepets

C’est quand on devient molle de la fesse qu’on devient folle de la messe, c’est bien connu. La vieillesse s’installe, et avec elle, la peur de mourir. L’ennui, la routine, la maladie, et ces petits enfants qui font chier, elle préfère sa seb7a et son foulard. Moi à soixante-dix ans, je préfèrerais échanger le bon Dieu vivant avec un bon vieux divan… Si jamais un docteur m’annonce une maladie incurable, je siffle une bière et je me tire une balle dans la tempe…
L’islam, à l’âge de la décrépitude et de la sénilité, vous fait agenouillir cinq fois par jour, comme une putain qui avait du succès. C’est choquant, me diriez-vous. Et bien je pense que c’est moins choquant qu’envoyer des vieillards au cinquante degrés de la Mecque, dans l’entassement et les bouillonnements des pèlerins, se faire écraser en essayant de mitrailler Satan par des cailloux…
69, c’est un chiffre bien agréable en amour, mais une fichue affaire en âge. Car, le sexe aussi, quand on est vieux et musulman, c’est catastrophique. Je dirai même plus, c’est inexistant. Beaucoup disent que les imams déplorent les foules, moi je dirais qu’ils déflorent les poules, faute de mieux… et au kotteb, beaucoup de pauvres gamins confondent les doigts du vieux avec les voies de Dieu…
En société, quand on est vieux et musulman, on vous flatte et ça vous colle à la peau comme une merde à la chaussure. On vous glorifie et ça vous fait perdre à jamais votre fraicheur. Le pire c’est quand un papy se prend au jeu, il use alors de l’aura du patriarche et fait chier le monde avec son air réfléchi.
Alors, mon conseil, chers anciens de confession musulmane, je le formulerais en citant un vers des Rubâyat de Omar Khayam : Referme ton Coran, pense et regarde librement le ciel et la terre, la vraie jeunesse et dans le cœur.

lundi 15 décembre 2008

Monotonie hédoniste

Dimanche. Je me lève, je sors, solitaire. Je lis du Sartre et du Camus à la bibliothèque de La Marsa. Il fait froid, et sur ma chaise vieille de quarante ans je regarde la responsable me regarder. Je lis avec mes lunettes, pour la première fois. Pendant plus de six heures je ne quitte pas la France des années 40. Le texte est passionnant, car les deux auteurs ont un sens aigu de l’absurde. Je sors et je mange. Il y a beacoup de vent, et il fait de plus en plus froid. J’appelle Karim et Ghassen. Karim est chez Sélima, à sentir son corps. Ghassen est dans le froid. J’ai une envie de Tunis, je le leur dit. Crépuscule. Une heure moins le quart après, je suis à Tunis. Il pleut des cordes, la chaussée est humide, avec des reflets orangés. Il fait froid. Nuit. Les mains dans les poches, nous nous dépêchons de nous couvrir de la pluie dans le premier bar rencontré. De la fumée de tabac flotte dans l’air, une puissante lumière blanche disperse des rires d’ivrognes lassés par la vie. Coudes sur le comptoir, nous bûmes. Quand ma tête commença à s’alourdir, je passai les clés à Ghassen. C’est lui le responsable maintenant. A la Goulette, Ghassen, à la Goulette. Obéissant, il conduisit jusqu’à la terre promise, notre foyer : la banlieu nord. La pluie avait cessé, de la fumée montait du sol, parfumée au goudron. Jazz dans la voiture, nous longeâmmes la rue Roosevelt, restaurants des deux côtés. Spécialité fruits de mer, s’il vous plait. Notre arrêt eût pour nom : Poisson d’argent. Un restaurant ni trop cher, ni trop populaire, quelque chose qui satisfaisat à la fois notre poche et notre orgueil. Nous passâmes la porte, une buée de chaleur nous enveloppa. Je reconnus le garçon, il me salua. Nous choisîmes une table, salade méchouia, salade de poulpe, ommelette fruits de mer, et cocktail de crevettes et de moules, rouget aussi. Le garçon acquiesça. Il sourit quand je demandai deux bouteilles de vin blanc, insistant sur la température. Conversations sur la blogosphère, sur la littérature en Tunisie, sur comment faire fusionner existentialisme et nietzschéisme. Nous rîmes jusqu’à la fin de la nuit. Fin. Cassette de jazz oriental pour le chemin de retour, le qanûn déchirait mes oreilles. Mélancolie quand je vis les rues étroites du Kram, à une heure du matin. Je rentre, ma chambre est tiède, avec beaucoup de livres au sol. Mon cahier est sur la table, mon stylo aussi, ivre, je m’asseois et commence à écrire ma journée.

vendredi 12 décembre 2008

La micro-résistance, part two.

On sait qu’il suffit qu’un quelconque mouvement, à la base populaire et spontané, prenne du poids, de l’importance, pour que certaines forces cherchent à l’encadrer, à le cerner ; à l’institutionaliser. C’est souhaitable pour certains mouvements qui, justement, cherchent à être institutionalisés, mais, quid de ses mouvements qui sont par origine, par fin et par nature des mouvements qui visent à attaquer les institutions, à leur faire de la concurrence, voire à les détruire? Je parle biensûr de blogging, et plus précisement de la blogosphère tunisienne, car un bloggeur dans un pays libre, avec des médias indépendants, une liberté d’expression vraie et une séparation des pouvoirs, peut s’aventurer, lui et son œuvre (n’oublions pas qu’un blog est avant tout une œuvre) à chercher cette institutionalisation. Pas nous. J’ai parlé de forces, je tiens à ne pas les mettre toutes dans le même sac. La création d’une association des bloggeurs tunisiens, et le Tunisia Blog Awards, n’ont certainement rien à voir du point de vue de la provenance, mais malheureusement, ils partagent la même nature, du moins, les mêmes conséquences. Les bloggueurs ont discuté les deux problèmes, ils ont fait l’erreur de les diviser. Certains, comme Mani, ont compris bien tôt ce qui se jouait, d’autres bien tard, attendant le refus de leurs blogs pour s’indigner. Le respect des institutions paralyse, et le blogging est par excellence, l’art du mouvement, de l’adaptation. Toute entreprise qui cherche à figer, à fixer le blogging est à combattre, à tuer dans l’œuf. Le blog awards est un projet fait par des salauds pour des salauds (comprenez salaud dans le sens Sartrien). A lire le règlement, j’ai eu la gerbe, j’eus envie de cracher sur ces sponsorisés. Quel blog représente-t-il la solidarité, la coopération, la fraternité dans la divergeance, plus que le blog anti-censure ? Et bien non, refusé. Mramdhen si, par contre, décadence quand tu nous tiens. Sans prétention, je pense que mon blog (le marron) mérite le prix du meilleur espoir de l’année, mais à aucun moment je n’y ai cru : philosohpie, athée et matérialiste en plus, hédonisme sensuel et éthylique, dans leur langue on traduit ça par attaque à l’islam et aux mœurs, apostasie et hérésie, blasphèmes et photos de bières de tous genres. C’est compréhensible (quoique). Mais quand on refuse les blogs de Massir, Azwaw, Trap Boy, weld byrsa, nous atteignons un niveau abyssal (quelques mètres de plus, et à nous le pétrole... à méditer). Mais il ne s’agit pas seulement de charte ou de règles, l’évènement en lui-même menace le blogging. Il nous faut attaquer le Tunisia Blog Awards, le détruire. Se trompe celui qui pense que j’exagère. Il est de notre devoir de bloggeur de contester, n’importe quelle discrimination, comme on a contesté tous ensemble la censure. Je m’abstiens de voter, et je continuerai d’écrire contre ces salauds, et j’appelle tous les blogueurs à en faire autant. Boycottons le concours, désertons le groupe facebook, et attaquons les awards sur nos blogs. Il me semble que c’est la décision la plus légitime et la plus sage.
Pour ce qui est de l’association, j’ai dit que ça n’avait rien à voir avec les awards pour ce qui est de l’origine, mais que ça risquait de produire les mêmes effets. J’ai plus que de la sympathie pour Sofiène Chourabi, je le considère même comme un frère d’armes, je pense cependant qu’il se trompe. On ne cadre pas les blogs, ça serait les assassiner. J’ai d’autres arguments (divergences d’opinions, problème de l’anonymat, etc), mais l’importance de la liberté est telle que je n’ai même pas à les développer. Nous voulons rester libres. Je ne dis pas qu’une association nous priverait de cette liberté, mais elle permetterait le commencement d’un ordre et d’une discipline qui menaceraient l’essence même du blogging. Les bloggeurs choisiront, ou pas, de sacrifier un peu de leur liberté maintenant (beaucoup, plus tard) pour un bien dit commun, pour un peu plus de poids (de la vanité à mon avis). De toute façon, on pourra toujours débattre, dialoguer, négocier, car après tout, nous sommes une grande famille non ? Chose à ne surtout pas faire avec les awards, pensez seulement aux sponsors qu’il y a derrière, ce sont eux les vrais ennemis de la blogosphère, et je suis sûr, que si on les laisse passer, les journaux à tendance mauve reprenderont l’évènement on y injectant leur poison. Je vois déjà les titres : Les blogueurs tunisiens récomponsés, La blogosphère tunisienne reconnue, etc, je suis sûr que vous voyez le tableau. Je ne veux pas m'attarder, mais plutôt récapituler : Le blogging défie l’ordre, est anarchiste et anti-conformiste, et c’est de cela qu’il puise sa force. Certains esprits malveillants et de mauvaise foi cherchent à en maitriser l’expansion, d’autres, militants de bonne foi veulent une réunification pour plus de force, nous nous devons de combattre les deux, pour nous, pour notre indépendance, pour notre autonomie, pour notre liberté.

lundi 17 novembre 2008

L'absurdité chez Albert Camus


Le désir de clarté de l’homme se heurte toujours à l’irrationalité du monde. Leur rencontre ne fait pas sens, elle est absurde. Mais selon Albert Camus, cette lucidité peut devenir le moteur de la liberté qui accompagne la nécessité de lutter pour le bonheur. Comment s’opère cette alchimie qui rend compatible l’absurdité et le bonheur ? Une des réponses que donne Camus dans un essai célébrant l’amour de la mer et du soleil réside en la communion avec la nature ; dépasser l’absence de réponse du monde, y consentir et abandonner l’espoir vain d’un autre monde. Mais l’absurde pourrait conduire à un abandon motivé de la vie : nous y avons tous pensé un jour écrit Camus. Il ne faut cependant pas céder au désir d’annuler la conscience, ce serait redoubler l’absurdité. L’important est de donner un poids à sa vie par l’action ici et maintenant sans chercher son salut ailleurs, comme incite à le faire l’espoir religieux. On ne peut esquiver ni la mort, en se projetant dans la vie éternelle, ni la vie, en se divertissant et en se détournant de la pensée de notre finitude. C’est bien la lucidité assumée qui permet de dire oui à la vie définitivement. Reconnaitre que la condition humaine est sans espoir et sans lendemain invite l’homme à vivre pleinement sa liberté et à choisir le bonheur. Accepter la nécessité de l’absurde, c’est avancer dans l’épaisseur du monde, aller puiser la joie là où l’on s’y retrouve. Au lieu de miser sur un Dieu invisibles ou sur des abstractions conceptuelles, Camus invite à parier sur la vie, à se battre pour elle. Avec Camus, l’absurde devient une gratification personnelle. Ce nouvel hédonisme, individuel et dépouillé de tout artifice idéologique, trouve aujourd’hui écho dans les best-sellers du philosophe Michel Onfray (né en 1959)...

dimanche 9 novembre 2008

Le dégoût

C’est un sentiment bizarre de répulsion et de colère. Je dirai dégoût pour faire court. Un dégoût de la nature humaine. Un dégoût pour ce que sont devenus les hommes. Ça m’est venu tout d’un coup, comme une migraine ou une nausée sartrienne, quand je prenais le train pour sidi Bou Saïd et qu’un homme assis à côté de moi racontait à un ami pourquoi il fallait recourir davantage à la peine capitale. Le sourire jaune, les yeux brillants de haine, et d’un air suffisant il disait combien de gens étaient inutiles, qu’il fallait les supprimer. Il alla jusqu’à dire combien les prisons coûtaient cher et qu’il ne voulait pas que son argent aille nourrir des vers de terre. Et là, la cruauté et l’immense bêtise de cet homme me frappa de plein fouet. Le coup n’était pas porté à ma tête, mais dans mes entrailles, au plus profond de moi. Les explications logiques se succédaient rapidement dans mon esprit mais se noyèrent toujours, englouties par une masse de lymphe et de goudron, m’aveuglant et m’assourdissant. J’étouffais. Combien les hommes étaient capables de haine. Tout cela au nom du Bien, de la vertu ; encore plus de dégoût. Dès que je pense à cette conversation, aux dizaines de ses semblables que j’ai surpris ça et là, j’ai la gorge sèche. Et je suis dégoûté encore plus en pensant qu’il y a plus d’hommes comme eux que d’hommes comme nous…

jeudi 6 novembre 2008

Entre agneaux

Ciel vide et noir, brise froide et odeurs de fumée brûlée, de vapeurs piquantes exhalées par feux de bois et thés de maçons. J’ai senti cette même odeur d’automne brune et charbonnée tellement de fois. Et bien c’est tout ce qui me dégoûte à ce stade précis de ma vie où rien ne compte plus que le changement et la liberté. Car j’ai envie d’air nouveau, un air frais de culture, de brasseries, de jazz et de cinéma : je veux de la consistance, et tout autour de moi est si futile. Les gens de mon université jouissent de leur médiocrité, célèbrent leur ignorance et savourent leur moralité. Ce sont généralement des gens aidés par le destin, mais oubliés par l’histoire. Ils sont pour moi ce que la société a produit de pire. Ils se caseront prochainement, cherchant leur bonheur dans le crédit et le mariage, la procréation et les promotions. Ce sont des gens qui croient fort en Dieu, aux valeurs du travail et de la famille, à l’ordre et à la pureté, mais qui oublient l’essentiel, à savoir l’Homme. Ils ne savent pas vraiment comment je suis, ils le devinent seulement, et je pense parfois qu’ils en ont peur. Car ces gens haïssent la différence, la femme, le noir, l’homosexuel, le fou. Tout ce qui est autre est pour eux une atteinte à l’ordre naturel des choses, donc châtié et liquidé. Sans être un moraliste, je pense qu’ils sont mauvais. Car pour moi mal est ce qui est mauvais pour l’homme, bien est ce qui est bon pour lui. Je ne les hais pas, j’ai juste mal pour eux. Douleur et dégoût m’envahissent quand j’écoute leurs opinions, quand je lis leurs réactions. Ils sont libres après-tout, mais je suis aussi libre qu’eux, et eux me privent d’être ce que je suis. Ce sont les agneaux du troupeau, qui regardent d'un oeil mauvais leurs siens qui sont allés chercher la verdure derrière piques et épines. Ce sont des brebis égarées dit la meute d'un air certain. Ils ne savent pas que derrière les épines, la brebis a appri à devenir lionne. Moi j’ai fais de mon mieux pour rendre mon existence la moins pénible qui soit, et j’ai réussi, car je suis quand même heureux. Je sais que pour beaucoup d'entre vous, la différence est lourde à porter, mais assurez-vous que le bonheur est entre vos mains. Je veux dire par cela que malgré tout ce que vous fait le troupeau, vous pouvez à tout moment le quitter et le rejoindre à votre guise, vous pouvez le suivre de loin ou le devancer, l'ignorer ou le guider, vous êtes libre et c'est cela le bonheur. « faire ce qu’on peut de ce qu’on a fait de nous », disait Sartre, je pense que la vie est de la pâte à modeler : on ne peut en changer la couleur ni en augmenter le volume, mais avec un peu d’art, on peut lui donner la forme qu’on veut. Entre le réel et l'idéal, il y a nos actes: Vivre, c’est modeler sa pâte.

mardi 4 novembre 2008

La micro-résistance

Aujourd’hui, dans un contexte de censure et de limitation de la liberté d’expression, nous ne pouvons que saluer et apprécier le travail fourni par les blogueurs tunisiens. Mais nous espérons que ce 4 novembre ne sera pas simplement une date, ou une autre occasion de revendication, mais bel et bien le commencement d’une abolition de la censure. Non pas que nous attendons du censeur qu’il arrête de censurer les blogs et les sites, mais nous invitons tous les blogueurs, tous les utilisateurs d’internet, tous les tunisiens, à agir fermement et cela en parlant, en écrivant, en dessinant, en chantant, en ignorant totalement le censeur. Qu’il censure ne devrait pas gêner la production des idées. Cependant, après observation du comportement de certains de nos concitoyens, nous avons relevé deux prises de position qui nous ont semblé intéressantes à analyser. La première est celle des gens qui expriment une indifférence à la politique, ces gens qui disent que ça ne les intéresse en rien, qu’ils sont neutres et désengagés. La deuxième est celle de ceux qui prêtent attention aux évènements politiques, nationaux et internationaux, mais déclarent cependant que leurs activités sont culturelles, artistiques, littéraires ou tout simplement commerciales ou administratives. Ces gens là se trompent doublement : d’abord en sous-estimant la valeur de l’activité politique, et nous pensons que cette attitude n’est que lâcheté déguisée. Ensuite en jugeant certains actes comme apolitiques, ce qui est un jugement erroné à notre avis. Non pas que nous cherchons à fabriquer des héros, mais l’appellation homme suppose une conscience de soi et du monde dans lequel on vit, et cela ne saurait se faire sans considération du fait politique. Aussi, ceux qui jugent leurs propres activités ou celles d’autrui dénuées de tout sens politique, ceux qui choisissent intentionnellement de retirer, d’extirper toute notion de politique de leurs actions font preuve de naïveté. Nous disons que chaque action est politique par définition. Ecrire cet article est un acte politique. Porter le voile islamique, c’est un acte politique. Visionner un film au cinéma plutôt que de le louer en DVD, c’est un acte politique. Même choisir d’acheter ses légumes du marché municipal et non d’un certain hypermarché est un acte politique. La masse du peuple ne voit malheureusement pas la portée de ses actions, et pense qu’elle a le choix d’être engagée ou non. Et là nous reprenons Sartre pour dire : vous êtes engagés, même quand vous ne le savez pas. On pourrait maintenant me dire, mais ces actions n’ont pas de répercussions, que pourrait changer le choix de l’endroit où vous achetez vos légumes à notre situation. Même si cela était vrai, ça n’enlèverait en rien le poids –même symbolique- qui pèse sur chacune de nos actions. Mais ce n’est pas le cas : toute action a sa portée. Peut-être pas aujourd’hui, mais certainement demain. Certaines actions qui peuvent paraitre anodines ont le pouvoir de changer le monde. Une réelle prise de conscience de l’importance de nos actions les plus sous-estimées s’impose. Nous pensons que la politique, dans un pays démocratique, n’est pas restreinte dans le cercle ministères-partis-universités. Qui dire alors dans le cas d’un pays où le deux-tiers de ce cercle est anesthésié ? Une politique alternative devient dans notre cas une urgence. Maintenant qu’on sait que nous sommes engagés d’une façon ou d’une autre, la question que devons-nous faire ? se pose toute seule. Et notre réponse à cette question est la suivante : micro-résistances. Nous voulons dire par cela que comme il nous est impossible de faire tomber le géant en en créant un autre pour le combattre, et que nos coups d’épées ne sont que picotements d’aiguilles pour l’ennemi, la solution réside dans des centaines d’aiguilles dressées en même temps pour provoquer une vraie douleur. Michel Onfray, philosophe français, appelle ceci le principe de Gulliver. Nous ne croyons ni aux révolutions d’un jour, ni à la politique du goutte-à-goutte, prétexte préféré des dictatures de par le monde. Chacun de son côté, compose avec sa réalité, ses nécessités et les outils disponibles à lui pour agir. C’est cela que nous appelons micro-résistances. On ne fait pas de la politique que dans les ministères ou dans les partis, on la fait aussi ailleurs, on la fait surtout ailleurs. Ça serait cependant mal nous comprendre que de croire que le géant dont il est question est seulement l’Etat. La micro-résistance ne se fait pas que contre le régime en place, nous pouvons parler de micro-résistance au capitalisme, de micro-résistance au fanatisme religieux, de micro-résistance à la dégradation de la planète, etc. les causes à défendre sont nombreuses et chacun a le droit de choisir librement tel chemin, de défendre ou d’attaquer telle idéologie, mais ce que nous avons voulu passer à travers cet article, c’est l’importance de la prise de conscience du politique de chacun de nos actes et de la responsabilité due au poids de ces derniers.