Nombreux sont les Tunisiens qui, toutes classes sociales confondues, s’accordent sur l’importance de l’engagement féministe. Femmes et hommes ont le désir de transformer le réel mais ne savent comment concrétiser leurs revendications. Notre enjeu est important ; une stratégie et des réclamations claires et lucides s’imposent donc. Je vous propose une charte de l’égalité, qui s’adresse non seulement aux pouvoirs publics, mais aussi et surtout à la société civile. Une charte inspirée des modèles européens et structurée autour de trois axes de progrès : La parité, l’égalité professionnelle, et le respect et la dignité de la personne.
Charte tunisienne de l’égalité
Axe 1 : La Parité:La Constitution pose le principe de l’égalité des citoyens, hommes et femmes, qui sont, en droit, appelés à égalité à assurer toutes les responsabilités inhérentes à la gestion des affaires publiques. Sur 29 ministres tunisiens, il n’y a qu’une seule et unique femme. Au sein de la Chambre des députés, le pourcentage de femmes est de 22.75%, à la Chambre des conseillers, ce taux atteint à peine les 15%. Il est évident que ces proportions ne reflètent en rien la réalité de la société tunisienne. Nous demandons donc aux pouvoirs publics de :
-Favoriser la parité en instaurant un pourcentage minimum de femmes au gouvernement.
-Favoriser l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux.
-Œuvrer pour une stricte parité des candidatures.
-Publier régulièrement les données statistiques sur la féminisation du parlement et du gouvernement.
-Attribuer un bonus aux entreprises réalisant la parité aux postes de décision.
-Soutenir les associations qui sont attentives à la place des femmes dans les instances de décision.
-Mettre en place des observatoires de la féminisation au sein du travail public : suivre concrètement les conditions de travail des femmes aux ministères de l’Intérieur, de la Défense, de la Santé, de l’Education, etc...
-Améliorer la production de données statistiques.
-Concevoir, éditer, et diffuser un guide et créer une boite à outils qui permettent aux associations de s’approprier la question de l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités.
Axe 2 : L’égalité professionnelle :
L’égalité professionnelle est un facteur de dynamisme social et de croissance économique. Cependant, les femmes en situation professionnelle ne bénéficient pas des mêmes prérogatives queles hommes, notamment en termes de carrière et de statut social. Ainsi, des inégalités flagrantes persistent dans les pratiques professionnelles. Pour lutter contre ces inégalités, il s’agit de mobiliser l’ensemble des acteurs socio-économiques afin de valoriser les compétences des femmes et d’encourager leurs initiatives. L’Etat pourra :
-Prendre en compte l’égalité des chances entre les femmes et les hommes dans les plans d’actions locaux.
-Agir sur le chômage de longue durée des femmes.
-Renforcer l’information et l’orientation des femmes demandeuses d’emploi.
-Mettre en place une autorité indépendante de lutte contre les discriminations à raison du sexe
-Rédiger une circulaire, en lien avec le ministère de la Justice, sur la question du harcèlement sexuel.
-Sensibliser les patrons à la question de l’égalité des rémunérations entre les femmes et les hommes.
-Enrichir l’approche de l’entrepreneuriat féminin.
-Créer des prix destinés à récompenser les filles s’orientant vers des disciplines dites masculines.
-Développer un label égalité professionnelle pour les entreprises.
-Consacrer au sein du ministère de la Justice la notion de discrimination directe et indirecte et aménager la charge de la preuve.
-Recenser les violences sexistes et sensibliser les élèves de l’école primaire et de l’enseignement secondaire.
Axe 3 : Le respect et la dignité de la personne:
L’histoire des femmes dans le monde arabe se présente comme une progression lente et modeste vers l’émancipation. Ce serait manquer de réalisme que de nier les freins qui ont ralenti cette évolution, comme de méconnaître les discriminations qui s’exercent aujourd’hui encore à l’encontre de la femme tunisienne. Cette dernière doit lutter pour acquérir ses libertés fondamentales et ses droits individuels, elle se doit de dénoncer les violences -physiques, sexuelles, psychologiques, économiques - exercées contre elle, considérées pendant des siècles comme naturelles, institutionnalisés et légitimées par les codes, les usages, les mythes, l’art, l’histoire et les pouvoirs politiques et religieux. Cet axe est présenté par plusieurs femmes comme le plus sérieux et le plus urgent, d’où l’obligatoire prise de conscience des pouvoirs publics de la nécessité d’une réforme de fond instaurant une fois pour toute l’égalité totale entre les deux sexes. Ainsi, l’Etat devrait :
-Abolir la loi discriminatoire relative à l’héritage bâtie sur un modèle de famille en déphasage avec la structure actuelle de la famille tunisienne.
-Abolir l’interdiction du mariage d’une femme musulmane avec un non musulman, en vertu de la loi relative à la liberté de croyance, la république ne peut prendre en considération la religion du citoyen.
-Favoriser l’éviction du conjoint violent du domicile conjugual.
-Améliorer l’accueil dans les commissariats des femmes victimes de violences.
-Renforcer la répression de l’exploitation de la prostitution et de la traite des êtres humains, notamment le problème des fillettes femmes de ménage.
-Prévenir le risque prostitutionnel en assurant l’accompagnement social des femmes issues de quartiers défavorisés.
-Aider celles qui veulent sortir de la prostitution à retrouver leur autonomie.
-Améliorer la participation des femmes handicapées à la vie professionnelle.
-Veiller à la prévention et l’éducation à la santé sexuelle et faciliter l’accès aux soins.
-Garantir le droit à un avortement gratuit et anonyme.
-Donner les moyens à la société civile de s’exprimer et de débattre sur l’image des femmes dans les médias.
-Garantir un accès facile, libre et pratique aux moyens de contraception pour les femmes sur tout le territoire tunisien.
-Développer un service de soins infirmiers à domicile pour les femmes âgées.
-Sensibiliser les femmes enceintes aux méfaits de l’alcool et du tabac.
-Améliorer la connaissance des femmes séropositives.
-Réformer le divorce pour plus d’égalité entre les femmes et les hommes.
-Lutter contre le tourisme sexuel.-Inviter les médias à s’abstenir de présenter des stéréotypes fondés sur le sexe, et les encourager à promouvoir des programmes qui favorisent l’égalité et la non-discrimination des hommes et des femmes.
-Intégrer un cours d’éducation sexuelle à l’éducation nationale, préparer les adolescents à leur sexualité adulte.
-Coordonner enfin toute les politiques féministes au plan international.
Voilà donc les grandes lignes d’une politique de la femme aussi claire qu’efficace, ensemble, nous pourrons diffuser cette charte par les moyens de chacun, vous êtes libres de la reproduire, moi-même étant fortement inspiré de chartes européennes. Que vive la femme, que vive la révolution !








